Art Thérapie : quand le corps devient l'oeuvre de la guérison

Art Thérapie :

quand le corps devient l’œuvre de la guérison

 

En mai 2022, j'ai proposé un stage thérapeutique sur la sexualité sacrée et consciente au cours duquel les participants ont vécu un processus d'art thérapie.

Il s'agissait de peindre son corps nu. Le dos était peint par un partenaire.

Ce texte vise à apporter des explications et un éclairage sur ce processus.

 

C'est un processus de transformation qui permet de manifester sa puissance, de vivre sa vulnérabilité en sécurité et de guérir des mémoires blessées. 

Dans une civilisation où la nudité est globalement interdite, en faire l’expérience en groupe est une possible réparation. Elle nourrit le droit à être tel que l’on est.

L'œuvre est éphémère. Elle nous parle des instants de joie que nous vivons. Elle raconte ce que nous sommes et ce que nous avons vécu. Le corps est la toile et nous en sommes l'artiste.

A ma demande aucune photo n'a été prise durant le stage pour privilégier la conscience du moment et ne pas nourrir le besoin d’image. Chacun a pu explorer son intériorité.

 

Les rapports à nos corps dans nos sociétés industrialisées sont confus. D'un côté, la nudité réelle ou personnelle est interdite, bien que tolérée sur quelques plages ou dans des campings. De l’autre, celle de l’image s’étale partout. Les corps nus excitent et font vendre des voitures, des perceuses ou des yaourts. A force d’images retouchées et de contraintes, une norme des corps s’est installée, ainsi qu’une habitude de se montrer, voire s’exhiber, sur la place publique numérique.

Ainsi, certaines personnes s’infligent des souffrances pour correspondre aux diktats sociaux, parfaitement inaccessibles, puisque les images sont trafiquées.

Pour les femmes, être féminine, suppose de se maquiller, de s’épiler, et de ressembler à une poupée Barbie. Pour d’autres le corps se doit d’être percé et tatoué. Certains sculptent ou déforment leur corps sur des machines, dans des salles de musculation. D’autres recourent à la chirurgie esthétique et au botox. Il s’agit toujours de répondre à un besoin lié à une norme.

Ceux qui ont renoncé, ou n’ont pas trouvé la voie, souffrent de surpoids, d'obésité ou d’anorexie. 

Tout cela serait seulement ridicule si des millions d’autres humains n’avaient leur corps usé, cassé et meurtri par les machines de l’industrie, dans des mines ou dans des champs. D’autres encore pensent diriger le monde derrière leurs ordinateurs et s'abîment la vue et le dos dans la contrainte de leur posture assise, sclérosés dans leur immobilité soumise.

A l’image des âmes enfermées dans des carcans, les corps sont coincés dans des habits-prisons : costume gris et terne, et cravates pour les hommes, tailleur pour les femmes d’affaires, jupes et soutien-gorge pour les femmes, chaussures à talons, pointues et maltraitantes pour les pieds, … la liste est à compléter. 

A cela s’ajoute la nécessité de se montrer tout le temps et sous son plus beau profil. Dans un monde où la névrose narcissique est la norme, les selfies explosent, pour vendre son histoire (sa story) à ses suiveurs (followers).

 

Par ailleurs, est-ce que, si pour certains peindre son corps nu renvoie au “bon sauvage”, c’est parce que notre nature sauvage s’est perdue dans une vie trop normée et robotique ?

Dans la peinture sur le corps, telle que je l’ai proposée, il s’agissait de faire l’expérience de la spontanéité de la peinture. Emergent alors des guerriers, des déesses, des muses, des animaux, des êtres de la nature.

Les processus d’art thérapie touchent à des niveaux profonds de l’être, car pour l’inconscient les symboles agissent. Mais nos parties analytiques et cartésiennes ont besoin d’être rassurées par des explications (celles que je fournis ici).

 

Pour témoigner de ce processus d’art thérapie, qui a vocation à servir uniquement celui qui le vit, j’ai repris cet acte de guérison avec un petit groupe de personnes, prêtes à être photographiées.

C'est Charline Fritsch, photographe professionnelle, qui a fixé l'expérience dans le monde numérique. https://www.facebook.com/CharlineFritschphotographe

Cette fois-ci, j'ai participé... Les photos témoignent du résultat

Un grand merci aussi aux huit participants.

Et un grand bonjour à tous les arts-thérapeutes ou thérapeutes qui utilisent l’art thérapie.